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Un gaz toxique vient d’être détecté sur Mars : les volcans de la planète rouge seraient encore actifs

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À la manière de nos champs volcaniques assoupis, Mars évacue la pression de son manteau par des fuites de gaz : sous les pentes colossales de ses reliefs, le cœur de la planète rouge n’a donc jamais totalement cessé de battre.

Vaste désert de rouille balayé par les tempêtes, la surface de Mars ressemble aujourd’hui à un monde pétrifié. Même si, dans sa jeunesse, elle a exhalé des torrents de lave et façonné les plus grands volcans du Système solaire, elle a perdu son bouclier magnétique et son atmosphère il y a des milliards d’années. Mais depuis 2018, le sismomètre de la mission InSight a prouvé que ses entrailles remuaient encore, avec plus de 1 300 séismes enregistrés avant la fin de la mission en 2022. En août 2025, l’analyse de ces données sismiques a même révélé que son manteau était truffé de fragments rocheux hétérogènes hérités des premiers âges de la planète.

Tous les ingrédients d’une activité volcanique latente étaient réunis, mais il manquait toujours une preuve pour être certain que la planète rouge cachait encore du magma actif sous sa croûte : du gaz. Selon une étude de l’Institut de recherche spatiale de l’Académie des sciences de Russie (IKI), publiée le 4 novembre dans la revue Science Advances, du chlorure d’hydrogène (HCl), un gaz caractéristique du dégazage volcanique terrestre, a été détecté dans l’atmosphère martienne au-dessus d’Alba Mons, un volcan bouclier dont les flancs portent encore les cicatrices de fissures étonnamment récentes.

Alba Mons : le volcan martien qui trahit les entrailles encore chaudes de la planète rouge

Le Trace Gas Orbiter (TGO) de la mission ExoMars avait déjà détecté du chlorure d’hydrogène en 2021, mais à l’époque, sa présence avait été associée à la nature du sol martien. Chargé en perchlorates, le régolithe martien libère du chlore lorsqu’il est brassé par les gigantesques tempêtes de poussière. Au contact de la vapeur d’eau atmosphérique, ce chlore forme du chlorure d’hydrogène. Le gaz suivait le rythme des tempêtes : il montait avec la poussière et retombait avec elle : un cycle saisonnier et météorologique qui n’avait alors pas été relié au volcanisme.

Cette fois, le HCl n’a pas été détecté pendant une tempête de poussière, mais durant la saison froide de l’aphélie martien, quand l’hémisphère nord traverse son printemps et son été. À cette période, Mars est au plus loin du Soleil et il n’y a aucune poussière en suspension dans l’atmosphère.

De surcroît, le gaz n’est pas dispersé à l’échelle de la planète, comme ce serait le cas s’il résultait d’un soulèvement par les vents. Il se concentre à basse altitude, pile au-dessus d’Alba Mons. Pour les auteurs il n’y a qu’une seule explication possible : le chlorure d’hydrogène est craché par du magma encore actif sous la croûte du volcan.

Bas, étalé, il culmine à 6 800 mètres, et passerait presque pour un nain à côté d’Olympus Mons, plus haut volcan de Mars, qui dépasse les 22 km de haut. Ses flancs sont lacérés de fossae, de longues tranchées rectilignes formées quand la croûte se fissure sous la poussée du magma ascendant. La pression monte par en dessous, la surface s’étire, et le sol finit par s’effondrer entre deux lignes de fracture. Autour d’Alba Mons, ces structures courent sur plus de 1 000 kilomètres.

Certaines présentent des bords nets, presque intacts, signe qu’elles n’ont pas eu le temps d’être comblées par des millions d’années d’érosion éolienne. Selon l’hypothèse des chercheurs de l’IKI, si ces fissures descendent suffisamment profond pour atteindre du magma encore fondu, le chlorure d’hydrogène remonte par percolation à travers la roche fracturée, sans éruption ou coulée visible. C’est ce qu’on observe sur Terre dans les zones volcaniques actives, lorsque des fumerolles y sont présentes : le magma dégaze par le bas, et le gaz trouve son chemin par les fissures.

Attention toutefois à ne pas nous méprendre : l’étude ne conclut pas définitivement que du magma coule sous Alba Mons. Elle pointe du doigt que l’hypothèse avancée en 2021 selon laquelle le chlorure d’hydrogène n’était que le produit d’une réaction chimique ne suffit pas à expliquer pourquoi il est présent dans l’atmosphère martienne. L’orbiteur TGO continuera ses mesures au-dessus de Tharsis et de Cerberus Fossae, deux zones suspectées d’abriter une activité volcanique résiduelle. Si, une fois encore, du chlorure d’hydrogène est détecté en dehors des saisons des tempêtes, au-dessus de fractures fraîches et à basse altitude, la communauté scientifique devra se rendre à l’évidence : les volcans martiens sont encore actifs.

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