Cette taxe, officiellement appelée Taxe de Solidarité sur les Billets d’Avion (TSBA), existe depuis longtemps mais a récemment subi une hausse conséquente. Face à cette mesure fiscale, Ryanair, poids lourd du secteur low-cost européen, a décidé de réduire sensiblement ses opérations en France. Cette décision inquiète logiquement les aéroports régionaux ainsi que les acteurs locaux du tourisme, dont une partie de l’activité dépend directement des passagers transportés par la compagnie irlandaise.
Pourquoi cette hausse de la TSBA ?
Pour rappel, la TSBA avait été instaurée initialement pour financer des programmes d’aide au développement dans les pays les plus pauvres. Depuis le 1er mars 2025, elle est passée de 2,63 € à 7,40 € pour un vol économique dans l’Union européenne. Sur les vols moyen-courriers, elle atteint désormais 15 €, tandis que les vols long-courriers sont taxés jusqu’à 40 €.
Le gouvernement français défend cette mesure en la présentant comme une façon de renforcer les efforts de solidarité internationale. Mais évidemment, elle ne plaît pas à tout le monde. Les compagnies low-cost, en particulier, voient dans cette augmentation un obstacle majeur pour rester compétitives.
La réponse musclée de Ryanair
Face à cette situation, Ryanair n’a pas tardé à hausser le ton. Initialement, son PDG Michael O’Leary avait brandi la menace d’arrêter complètement les vols vers une dizaine d’aéroports régionaux français si le gouvernement ne faisait pas marche arrière. Finalement, même si l’ampleur de ces menaces a été revue à la baisse, la compagnie irlandaise a bel et bien confirmé qu’elle allait réduire ses capacités de 4 à 5 % sur l’ensemble de ses opérations françaises.
Cette décision ne reste pas sans conséquences. À Vatry (Champagne-Ardenne), par exemple, la compagnie a purement et simplement décidé d’abandonner deux lignes importantes vers Porto et Marrakech depuis le 29 mars. À elles seules, ces lignes représentaient près de 85 % du trafic passager annuel de l’aéroport, soit 74 000 passagers sur 86 000 enregistrés en 2024. Autant dire que cette réduction risque de porter un coup dur à l’économie locale et aux emplois associés.
À Marseille, même scénario : Ryanair réduit sa présence en supprimant 300 vols pour la saison estivale, soit environ une dizaine de vols hebdomadaires en moins d’avril à octobre. Sachant que Marseille Provence est la plus grande base française de Ryanair, l’impact potentiel sur le tourisme régional pourrait être significatif.
Les aéroports régionaux dans la tourmente
La situation est d’autant plus problématique que beaucoup de ces aéroports régionaux vivent quasiment au rythme des compagnies low-cost. Quand un géant comme Ryanair décide de lever le pied, ce sont des infrastructures entières qui tremblent. Nicolas Paulissen, délégué général de l’Union des Aéroports Français (UAF), soulignait récemment que les aéroports accueillant entre 100 000 et 1 million de passagers par an, comme Limoges, Bergerac ou encore La Rochelle, sont particulièrement exposés à ces décisions. À court terme, une baisse significative de fréquentation pourrait mettre en danger leur équilibre financier et leur pérennité.
Si les aéroports souffrent directement, l’impact sur le tourisme pourrait être tout aussi alarmant. De nombreuses régions françaises comptent sur les visiteurs amenés par Ryanair pour dynamiser leur économie. Les touristes arrivent par avion, consomment sur place, réservent des hôtels, fréquentent restaurants et commerces locaux… Une baisse de fréquentation aérienne pourrait ainsi affecter toute une économie régionale déjà fragile.
Et les autres compagnies ?
Si Ryanair est aujourd’hui la plus bruyante à exprimer son mécontentement, elle n’est pas la seule. EasyJet, sans pour autant avoir annoncé de départ immédiat, critique aussi fortement cette augmentation qui pourrait freiner ses investissements futurs en France. Air France, quant à elle, a décidé pour l’instant de ne pas répercuter cette hausse sur les billets déjà vendus, alors que sa filiale Transavia préfère ajouter un supplément tarifaire pour les réservations effectuées avant l’annonce.
L’avenir des opérations de Ryanair en France reste encore très flou. Pour l’instant, la compagnie semble disposée à maintenir une présence réduite, mais rien ne garantit qu’elle ne durcira pas davantage sa position si les conditions économiques continuent à se dégrader.
Pour éviter une crise durable, les aéroports régionaux devront impérativement trouver de nouvelles stratégies : attirer d’autres compagnies aériennes, diversifier leur offre ou nouer des partenariats innovants. Quant au gouvernement français, il pourrait être poussé à revoir sa politique fiscale pour éviter une fuite progressive des compagnies aériennes, indispensable pour maintenir l’attractivité économique du pays.
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