Des chercheurs de l’Université Atlantique de Floride ont identifié un ensemble de zones idéales qui pourraient permettre de générer de très grandes quantités d’énergie verte grâce aux courants océaniques. Une étude qui dessine les contours d’une niche technologique encore balbutiante, mais très prometteuse dans le domaine des énergies renouvelables.
Les océans, qui recouvrent plus de 70 % de la surface totale de la Terre, représentent un puits d’énergie absolument gigantesque. Des méga-éoliennes offshore de plusieurs mégawatts aux usines marémotrices, l’humanité a déjà fait de beaux progrès lorsqu’il s’agit de l’exploiter pour produire de l’énergie renouvelable.
Mais il reste un autre phénomène, peut-être encore plus prometteur dans ce contexte, que nous avons à peine effleuré : les courants océaniques comme le Gulf Stream, ces mouvements d’eau à très grande échelle qui parcourent constamment la planète. Nous ne les exploitons quasiment pas à l’heure actuelle — et c’est bien dommage, car il s’agit d’une source d’énergie très prometteuse à bien des égards.
Des flux d’énergie renouvelable stables et puissants
Le premier point intéressant, c’est sa stabilité. La majorité des sources d’énergie renouvelable souffrent typiquement d’un problème d’intermittence : l’éolien reste tributaire de la vitesse du vent à un moment donné, tandis que la moitié de la planète est constamment privée d’énergie solaire. Mais les courants océaniques, en revanche, sont extrêmement réguliers en comparaison, et ne s’interrompent jamais malgré quelques variations saisonnières. Un avantage loin d’être négligeable.
Mais le point le plus important, c’est le volume d’énergie que l’on pourrait théoriquement en tirer. Ces immenses masses d’eau en mouvement cachent une quantité d’énergie cinétique très importante, surtout lorsqu’on raisonne en termes de rendement par unité de surface. Et c’est précisément ce que les chercheurs américains ont tenté de démontrer.
Dans leur étude, ils ont épluché près de trois décennies de données capturées par des bouées suivies par satellite, afin d’identifier statistiquement les emplacements les plus prometteurs. Et le premier constat, c’est que les zones de ce genre sont loin d’être rares.
Au total, les auteurs ont identifié environ 490 000 km² d’océan où les courants pourraient générer de 500 à 1000 watts par mètre carré. Pour référence, cela correspond à peu près à ce que l’industrie de l’éolien considère comme une zone à fort rendement, parfaite pour héberger une grande ferme éolienne offshore. Dans certaines régions, comme les côtes est de la Floride et de l’Afrique, ce rendement théorique dépasse même les 2000 W/m² — un chiffre qui en ferait la source d’énergie renouvelable la plus efficace en termes de production par unité de surface !
Les auteurs indiquent toutefois que toutes ces zones ne seront pas forcément idéales en pratique, car certains courants seront sans doute trop profonds ou trop chaotiques pour être exploités de manière satisfaisante. Mais ces données confirment tout de même que les courants océaniques représentent une manne énergétique substantielle dont il serait dommage de se priver dans le contexte actuel.
Des contraintes énormes
L’étude représente un bon point de départ à ce niveau. Maintenant que l’on sait où sont situées les zones à fort potentiel énergétique, il sera possible de les étudier au cas par cas pour commencer à construire les équipements nécessaires à la collecte… mais cela ne signifie pas pour autant que nous allons désormais débloquer une nouvelle source d’énergie renouvelable révolutionnaire du jour au lendemain.
En effet, cette étude ne se penche pas du tout sur les contraintes techniques, qui restent à la fois nombreuses et substantielles : exploiter ainsi l’énergie des courants océaniques sera tout sauf un jeu d’enfant.
Le principal problème, c’est que la production d’une turbine est proportionnelle à la vitesse au cube. Or, celle des courants océaniques est bien plus faible que celle des vents. L’eau mise en mouvement par le Gulf Stream, par exemple, se déplace à environ 2 m/s en moyenne, contre une petite dizaine de mètres par seconde pour les vents typiquement exploités par des éoliennes. Pour capturer de l’énergie des courants océaniques de manière rentable, il faudrait donc installer des turbines assez gigantesques.
Et c’est un gros problème, car de telles méga-turbines sous-marines représentent un sacré défi d’ingénierie — aussi bien au niveau de la conception que de l’installation, sans parler de la maintenance. Entre l’eau salée qui génère une corrosion substantielle et les algues et les mollusques qui pourraient entraver le fonctionnement de ces machines, les besoins d’entretien seraient largement supérieurs à ceux d’une éolienne. Il faudrait aussi construire des submersibles spécialisés pour procéder à ces opérations.
Un vrai potentiel malgré la difficulté
Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il y a aussi plusieurs problèmes d’ordre logistique, géopolitiques et écologiques. On peut citer la localisation de ces courants : ils passent généralement à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes et plusieurs centaines de mètres sous la surface, ce qui augmente encore la complexité de l’équation.
En outre, l’appartenance de certaines zones océaniques à telle ou telle nation est une problématique sensible, comme on le constate souvent dans le domaine de la pêche industrielle. Enfin, il faudra aussi étudier rigoureusement l’impact d’une telle installation sur les écosystèmes concernés pour éviter une débâcle environnementale lourde de conséquences.
C’est en grande partie à cause de ces contraintes que l’énergie marémotrice est aujourd’hui privilégiée par l’industrie — mais ce n’est peut-être pas une fatalité. Il conviendra de garder un œil sur cette technologie, car si les chercheurs et les ingénieurs parviennent un jour à surmonter ces obstacles, les courants océaniques pourraient bien s’imposer comme une source d’énergie renouvelable de première catégorie.
Le texte de l’étude est disponible ici.
🟣 Pour ne manquer aucune news sur le Journal du Geek, abonnez-vous sur Google Actualités. Et si vous nous adorez, on a une newsletter tous les matins.